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Pourquoi la prolifération des jeux dans notre société ?

Le 08 octobre 2015
L’addiction à l’image du gagnant, du héros : pour suppléer au manque narcissique véhiculé par nos société, l'image du héro footbaleur vient efficacement colmater ce qui nous manque...

Si le football a pris une telle importance dans l’économie mondiale, c’est qu’il correspond exactement à l’économie marchande qui utilise ce support pour forger des mentalités. Dans le même ordre d’idée, je pourrais citer le phénomène mondial de l’expansion du jeu sous toutes ses formes : jeux vidéo, jeux de rôles, jeu de la bourse, jeu politique, le jeu de téléréalité… Tout devient ludique. Ce sont nos nouvelles addictions.

On doit gagner jusqu’à en mourir, c’est le thème du film « Requiem for a Dreams », la « gagne » à tout prix, mais qui en passant, conduit à l’utilisation de produits dopants mettant la vie du sportif ou du sujet qui se veut très performant, mais qui se met en danger. Force est de constater qu’il s’agi- là, d’une nouvelle relation à la mort, assimilable aux conduites ordaliques. Ces conduites envahissent tous les aspects de la vie privée, y compris la vie amoureuse du couple :

« Au quotidien du couple se superpose bien souvent un univers fantasmé où règnent vedettes et champions, héros identificatoires des adultes, demi-dieu d’un Olympe infiniment lointain »[1], pour les adolescents, c’est surtout une tentative de braver la Loi, une tentative de chercher des « re-pères » pour colmater les vides identitaires, que A. Green défini comme le résultat d’un clivage entre le somatique et le monde des objets, mais aussi entre « dedans » et « dehors ».

Ces mêmes conduites peuvent être observées dans le monde du travail, dans les entreprises et dans toutes les collectivités. On prend des produits pour coller à une image de performance à tout prix, sensée nous apporter « bonheur et réalisation » personnelle, même au prix de sa propre vie.

Notre société bascule dans la banalité de la violence au nom d’un esprit de compétition exacerbé (malheur au vaincu, malheur au défavorisé), l’image de la réussite ignore superbement les dégâts importants qu’elle impose à l’individu, qui doit se plier, se conformer. L’individu de notre société est bien seul, on assiste à la destruction du collectif dans le cadre même de ce qui est la matrice des identités collectives, et la montée en puissance d’un individualisme forcené véhiculé par le vecteur de l’image. Celui qui perd est aux yeux de la société, celui qui meurt car il n’y a plus sa place.

Cette banalisation de la violence, se retrouve dans les jeux vidéo des adolescents, les nouvelles interactions entre vie et mort sont largement mises en scène. Peut-on envisager que la perception symbolique de la vie, de la mort en soit modifiée chez l’enfant ? Par exemple dans le Jeu de « San Andreas » (GTA), mettant en scène tous les interdits, favorisant virtuellement les conduites perverses ; parfaite réplique virtuelle de l’environnement des objets, à la différence que la mort n’est pas définitive. On dispose de crédit de vie qui nous permet de traverser les épreuves et continuer le jeu bien souvent jusqu’au bout de la nuit, si personne ne vient poser une limite contenante.

 

Ce n’est pas sans raison également que le phénomène des jeux de téléréalité est devenu mondial. Là aussi la violence s’exerce dans la mesure où les téléspectateurs participent à une forme de mise à mort d’un candidat qui ne leurs convient pas (Star Académie, le Loft..). Mais cela peut franchir les sommets de l’horreur. On en est arrivé, par exemple aux Pays-Bas à demander aux téléspectateurs de choisir qui sera le bénéficiaire d’un don de rein proposé en direct par une personne en fin de vie.

On comprend mieux l’utilisation du jeu, cet espace transitionnel, matrice de l’intersubjectif par les forces économiques dans le but de formater les comportements, de distiller sans cesse l’image d’un « bon esprit de compétition » qui engrange frustration, privation, castration qui créé un manque perpétuel qui sera à combler désespérément à l’extérieur dans le monde des objets, qui nous propose une foule d’objets (a) destiné à masquer nos failles narcissiques provoquant une profonde dépression existentielle. J’y vois là, une articulation plausible entre ce qu’entretient la volonté du marché et ce qu’A. Green défini avec son « concept de limite », un sujet vide, aux prises avec la vacuité, qui confond, se confond avec la limite, où le principe de plaisir rencontre peu ou pas le principe de réalité, alors la place serait libre pour un sujet limite, malléable, conforme aux impératifs de consommation dont dépend la croissance du marché. « Lieu d’un démarcation fragile, un no man’s land. Etre une frontière, c’est s’identifier à une limite mouvante qu’on subit plus qu’on en commande les opérations. »[2]

 

Le brouillage des repères, la place du symbolique ?

 

De tout temps, les civilisations ont eu recours à la figure du héros (idoles, icône).

Ce qui différencie notre époque par rapport à l’Histoire, c’est que nos héros sont devenus éphémères, interchangeables, façonnables à volonté (les Stars d’hier sont devenues les « people » d’aujourd’hui, ceux qui sont à l’écran), Le symbole de la « Star inaccessible» est mis à mal par l’effet que produisent la télévision et les Médias. On nous montre à voir que tout est possible sans effort, chacun de nous peut passer de l’autre côté de l’écran et devenir ainsi le « people ».
Ce brouillage des images, concerne aussi l’Image du Père, l’image de la Loi, l’image de la Religion, de la Famille.

L’image du Père par exemple : comment identifier un père au chômage, déchu de sa place dans la société, mis en concurrence avec l’image du héros présentée par les Médias. Comment peut-il rivaliser avec un tel support identificatoire ? Le paradoxe pour l’enfant vient de l’écart entre la présentation de l’image et la réalité de son vécu dans le quotidien de la famille.

L’image de la Loi, les politiques, les fameux « parents temporaires » de Winnicott, représentent l’Etat, la Loi. Dans le monde entier, l’image des politiques est brouillée, par des affaires de corruption, justifiées par les nombreux procès, c’est le fameux « tous pourris » que l’on entend souvent dans la rue. Comment l’enfant défavorisé peut-il se représenter la Loi dans ces conditions, où sont les limites ? Le cadre du jeu n’est-il pas faussé ?

L’image de Dieu, par définition la notion de Dieu renvoie à la Loi divine, supérieure à celle des Etats, c’est l’image de la bonté, du pardon, de la tolérance. Hors qu’est ce que les écrans nous montrent ? Des images de religions violentes, fanatiques, terroristes, on est bombardés d’images de morts quant-il s’agit de religion, le pire est que les Etats les plus puissants invoquent toujours dieu pour justifier leurs actions, leurs exactions. Bien sûr, elles ont toujours existé, mais aujourd’hui elles envahissent les écrans.

L’image de la mère dans cette configuration pourrait être le refuge et le rempart (le pare excitation) mais elle est mise en difficulté pour jouer son rôle, puisque une étude[3] démontre qu’un enfant passait en moyenne 2 heures par jour devant un écran de télévision en 2003, la télé est devenue la première « Baby Sitter » du monde.
La famille comme première communauté. Son image est dorénavant, « éclatée » puis recomposé. Eclatée au sens qu’autrefois trois générations cohabitaient, rares sont les transmissions entre génération hormis celles matérielles. La question de la famille recomposée impose une modification de la nature des liens entre ces membres « on ne vit plus avec ses parents, mais avec un partenaire, substitut du père ou de la mère ». Le brouillage opère là aussi.

Je me demande ce qu’il advient quand-on ne peut plus se raccrocher aux figures du père, des politiques, de la religion, de la Mère, de la Famille. Comment peut-on combler ce grand vide ? La « main invisible », le Marché, nous propose une foule « d’objets (a) à disposition », nous indiquant la voie d’un mode de satisfaction immédiate pour colmater nos vacuités. On nous propose de l’Argent, de la Gloire, de la Réussite (Amour/Gloire/Beauté>Soup Opera), des nouveaux héros et idoles à adorer, de la jeunesse éternelle pour pallier à nos angoisses existentielles et des nouveaux concepts : de l’Humanitaire, du Sécuritaire, l’Humanitaire comme substitut de la Mère et le Sécuritaire comme substitut du Père. C’est là, le Pouvoir de l’Image : qui détient l’Image détient le Pouvoir et je rejoins le propos de Marie José Mondzain dans son livre : Image, Icône, Economie, les sources byzantines de l’imaginaire contemporain.

 

 



[1] Valleur M. et Matysiak « Les nouvelles formes d’addiction – L’amour – Le sexe – Les jeux vidéo, Maury eurolivres à Manchecourt (45) Champs Flammarion,2004, page 40

[2] Green .A. « La folie privée » -Psychanalyse des cas limites – Buissière et Camedan Imprimeries à Saint-Armand (Cher), Folio, Essais, 2003

[3] Source Internet journal de l’Expansion pour l’année 2003 - http://www.lexpansion.com/art/2373.74455.0.html